[De gauche à droite] : Alf Enger, John Fripp, Dicky Movitz (1946). Collection du TRSCM.

John Fripp

Vainqueur de la Québec Kandahar et premier non-Européen à diriger l'école de ski d'une station majeure en Amérique du Nord

Discipline(s): Ski alpin
Date de naissance / Décès: 1921–2022
Ville natale / résidence: Ottawa, Ontario
Période de carrière active: 1927–1960
Intronisation TRSC: 1988
Catégorie d'intronisation: Ski alpin, Descente, Slalom, Entraîneur

Young Johnny was on a roll

Ce jeune prodige canadien de 17 ans, téméraire et robuste, a dû rendre le trophée Journal qu’il avait remporté en 1938 aux Championnats de la zone de ski de Gatineau pour cause d’inéligibilité : il était trop jeune.

John « Johnny » Fripp, originaire d’Ottawa en Ontario, a également été exclu des Championnats nationaux pour la même raison : son âge. Il s’est donc rendu à Lake Placid, dans l’État de New York, pour se mesurer aux Américains lors des essais olympiques de l’Est. Résultat : une troisième place en descente et en slalom, défait par le légendaire Dick Durrance.

Le skieur a enchaîné au cours de sa carrière un grand nombre de victoires dans plusieurs épreuves majeures, dont la fameuse Québec Kandahar.

Les extraits suivants font partie d’un article intitulé « Canada’s John Fripp », écrit par la chroniqueuse de ski Lori Knowles, dans le cadre du Canadian Ski History Writers Project, financé par la Fondation Chawkers du Canada par le biais d’une subvention au Musée canadien du ski. Pour lire le récit intégral, veuillez cliquer ICI.

Les plus grandes aventures de Johnny se déroulent après la Seconde Guerre mondiale

Tout a commencé par une décision de Joe Ryan, l’irascible, audacieux et controversé propriétaire du mont Tremblant, au Québec. En 1945, Ryan a provoqué un tollé dans le monde du ski canadien – dont il était pratiquement le roi – en nommant Johnny Fripp au poste de directeur de son école de ski.

Vétéran de la Seconde Guerre mondiale et rapide skieur, Fripp était beaucoup plus discret que n’importe quel autre de ses prédécesseurs. Et, fait encore plus étrange, il était Canadien. Aucun Canadien n’avait eu le privilège de diriger l’école de ski la plus avant-gardiste d’Amérique du Nord. C’était un poste strictement réservé à de pompeux Européens, aussi connus sous le nom de disciples autrichiens du vénéré Hannes Schneider.

Ryan en fait sourciller plus d’un en nommant Fripp, fraîchement libéré de l’Aviation royale canadienne, pour diriger les huit membres du personnel de son école de ski, une école connue aussi bien pour ses vedettes et ses fêtes que pour son approche pédagogique et technique. Dans une entrevue accordée 65 ans plus tard, en 2011, Fripp a confié que son embauche, qui a fait couler beaucoup d’encre, a été entièrement due à Blanche Rebichka.

Tremblant founder Joe Ryan, second from the left, alongside John Fripp (far left) and other companions in 1947
John Fripp (tout à gauche), Joe Ryan (2e à partir de la gauche) c. 1947. Louis Jacques, Standard Photo. Collection TRSCM.
Photograph of Canadian Men's National Ski Team (1958)
Photo de l’équipe nationale masculine de ski du Canada (1958) recevant des skis Kneissl lors d’une visite de l’usine Kneissl à Kufstein, en Autriche – (de gauche à droite) : Bob Stevenson, John Platt, John Fripp, Franz Kneissl, Shaun Fripp, Trevor Klotz, Fred Tommy et Lorne O’Connor. Sepp Kary Foto Kufstein.

Blanche Rebichka?

« C’était une femme magnifique », a raconté Fripp. « Elle avait fait la une du magazine Life. » En investiguant un peu, nous avons découvert que Mme Rebichka était en fait la très ravissante épouse de Beno Rebichka, l’Autrichien à la tête de l’école de ski du mont Tremblant qui a été brusquement congédié juste avant l’embauche de Fripp. Il semblerait que la femme de Joe Ryan, Mary Ryan, tout aussi ravissante et notoirement intransigeante, n’ait pas apprécié les… hum, capacités séductrices de Blanche. « Ouais » , a déclaré Fripp. « J’imagine que je dois remercier Blanche*… »

Aussi surprenant que cela puisse paraître, Fripp n’a pas fait valoir sa rapidité sur la neige de Tremblant ou son statut de roi de la Québec Kandahar pour expliquer sa nomination par Joe Ryan. Le toujours modeste Johnny Fripp a plutôt mis tout ça sur le compte d’une querelle entre deux femmes.

Québec Kandahar : la course folle

Fripp est né à Ottawa le 11 février 1921. Adolescent, il payait ces cinq cent pour prendre le tramway jusqu’au terminus, puis se frayait un chemin à travers les champs sur huit kilomètres pour atteindre le bas du Dome Hill. De là, il grimpait au travers de la forêt d’érables sur une élévation d’environ 300 pieds, pointait ses skis vers le bas… et se lançait. À l’âge de 17 ans, Fripp a remporté – et a dû rendre – le trophée Journal aux Championnats de la zone de ski de Gatineau de 1938, avant de se rendre chez nos voisins du sud pour les essais olympiques de l’Est des États-Unis, où il s’est classé troisième, sur les talons de Dick Durrance. « J’ai toujours ces trophées », a déclaré Fripp en 2011. « Des coupes en argent sterling… ce sont les seuls trophées que j’ai conservés. »

Mais c’est dans un train en direction du mont Tremblant et de sa mythique course Québec Kandahar qu’il a ouvert la machine. Dans l’album annuel du ski canadien de 1939, H.P. Douglas décrit la course Québec Kandahar comme « incontestablement la plus folle, la plus difficile, la plus rude et la plus périlleuse jamais disputée ». À ses débuts, la course était si dangereuse que l’auteur W. Ball en disait qu’elle était « considérée comme un bon moyen de toucher une indemnité ». (Album annuel du ski canadien, 1938)

John Fripp à Tremblant en 1945. Collection du TRSCM.

John Fripp prend son envol. Collection du TRSCM.

Johnny gagne la Québec Kandahar et les Championnats canadiens

Il n’y avait pas meilleur parcours pour un jeune descendeur costaud comme Johnny Fripp. Il se souvient de fouiller au fond de ses poches pour trouver les précieux 25 cents qui lui permettraient de prendre le tout nouveau « téléski à chaise simple » de Joe Ryan sur le Flying Mile pour les 1 200 premiers pieds du parcours, puis de grimper 1 200 pieds supplémentaires – à répétition pendant son entraînement – jusqu’à la tour de feu de Tremblant pour rejoindre le départ de la course.

Cette année-là, Fripp a remporté la descente Québec Kandahar et s’est classé deuxième au slalom. Il remportera la Québec Kandahar en tant que professionnel en 1940, 1946 et 1951, ainsi que le Championnat de l’Est du Canada en 1940 et le Championnat canadien de descente en 1953. Fripp a enregistré le record du temps le plus rapide avec l’équipe de ski de l’Aviation royale du Canada au mont Baldy en 1942.

Les années post-Tremblant

Avec le recul, c’est probablement la vitesse de Fripp sur la neige qui a attiré l’attention de Joe Ryan en 1945 lorsqu’il était à la recherche d’un nouveau directeur pour remplacer Beno (et Blanche) Rebichka. Fripp a dirigé l’école de Tremblant pendant quelques années, puis s’est marié et a quitté le milieu du ski professionnel pour se consacrer à sa famille.

Au moment de sa dernière entrevue en 2011 avec Lori Knowles pour Skiing History, Fripp vivait avec sa seconde épouse Elizabeth, avec laquelle il a élevé leur fille Renée. En dehors du ski, des courses, de l’entraînement ou de l’enseignement, John dirigeait une entreprise d’assurance et d’immobilier, H.D. Fripp & Son. Il a eu quatre garçons avec sa première épouse, Virginia, dont deux ont participé aux compétitions de l’équipe canadienne masculine de saut à ski dans les années 1970.

Malgré son travail dans le secteur de l’immobilier et des assurances, John Fripp n’était jamais bien loin des pentes. Il a occupé les fonctions de directeur de l’Association canadienne de ski amateur, a été membre du Comité des compétitions internationales, entraîneur de l’équipe canadienne de ski masculin de la FIS, une ressource inestimable pour le Musée canadien du ski, un bénévole et un partisan du Club de ski d’Ottawa, et il a été intronisé au Temple de la renommée du ski canadien en 1988. Et c’est sans parler de ses talents de conteur!

John Fripp en 2007 avec les pionnières canadiennes du ski alpin Rhona et Rhoda Wurtele. Collection du TRSCM.

*Notes de la rédaction : Blanche et Beno Rebichka ont finalement divorcé et Blanche a épousé le fondateur de Vail, au Colorado, Dick Hauserman. Elle a figuré comme modèle dans les campagnes publicitaires des cigarettes Camel. Blanche a vécu au pied de la montagne de Vail.

John Fripp, Canadian Ski Hall of Fame

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