Crédit photo : Go-Xplore Agence Créative

Mont Grand-Fonds

Une station de ski communautaire à l’aube d’un nouveau chapitre

Station de ski: Mont Grand-Fonds, Québec
Lieu: La Malbaie, Québec
Dénivelé: 335 m (1,099 pi)
Enneigement: 500 cm (217 po)

Les stations de ski sont un peu comme les flocons de neige : chacune est unique. Ce qu’elles ont toutefois en commun, c’est qu’elles ont presque toutes débuté comme de petites montagnes de ski communautaires, conviviales et accessibles. Alors, quand, comment et pourquoi certaines d’entre elles sont-elles devenues de véritables destinations touristiques ?
Mont Grand-Fonds, au Québec, offre un excellent point de départ pour explorer cette question.

Une montagne enracinée dans l’histoire

Mont Grand‑Fonds est la plus ancienne station de ski de Charlevoix, une région montagneuse et pittoresque située au nord-est de la ville de Québec. La ville la plus proche est La Malbaie — ainsi nommée par Samuel de Champlain en 1608, lorsque ses navires eurent de la difficulté à lever l’ancre à cet endroit. Rebaptisée plus tard Murray Bay par deux seigneurs écossais, la ville portuaire commence à attirer, à la fin du XIXe siècle, une clientèle estivale aisée. Plusieurs séjournent alors au somptueux Manoir Richelieu, situé tout près, à Pointe‑au‑Pic. En 1929, après l’incendie du premier Manoir, entièrement construit en bois, l’hôtel est reconstruit en pierre. Il devient rapidement un terrain de jeu estival pour les riches et les puissants, dont le président américain William Howard Taft. Ironiquement, la prospérité de La Malbaie commence à décliner peu après que le 16e, trou du parcours de golf du Manoir se mette à servir, l’hiver venu, de piste de ski.

Le magnifique Manoir Richelieu et son cadre exceptionnel ont attiré de nombreuses personnalités, dont le président américain William Howard Taft (deuxième à partir de la gauche).

Passionate outdoorsmen pioneered skiing in the Charlevoix region in the 1950s.

Bien que le ski ait débuté dans Charlevoix dans les années 1950, la première remontée mécanique n’a vu le jour qu’en 1960.

Le Golf  l’été. Le Ski  l’hiver

Dans les années 1950, des amateurs de plein air passionnés, dont Jean Bergeron et les frères Bouchard, font figure de pionniers du ski dans la région. Après avoir obtenu leur certification auprès de la Société des cours populaires de ski du Québec, à Québec, Jean enseigne le ski sur le troisième trou du club de golf Murray Bay.
Puis, en 1960, quelques entrepreneurs audacieux s’unissent pour tracer quatre pistes et installer un téléski sur une pente plus vaste et mieux adaptée, située à proximité, dans la municipalité récemment renommée La Malbaie. La popularité du ski explose. La nouvelle montagne compte bientôt plus d’une douzaine de moniteurs et quelque 140  membres enthousiastes.

La demande pour une montagne plus grande se fait sentir

À la fin des années 1960, Jean Bergeron et son beau-frère partent en motoneige à la recherche d’une montagne plus grande et mieux adaptée. Leur choix s’arrête finalement sur le mont Black, tout près. Ses versants nord, orientés vers l’intérieur des terres, sont à l’abri des vents glacials qui balaient le fleuve Saint-Laurent. Ironiquement, plusieurs résidents — y compris des skieurs — se montrent réticents à l’idée, la montagne étant réputée pour recevoir trop de neige : plus de 650 cm en moyenne chaque année.
En 1970, un comité provisoire voué à la promotion des sports d’hiver dans la région sollicite l’aide financière du gouvernement provincial. Parallèlement, le Club Lions local et son président — Jean Bergeron — demandent à la municipalité son appui pour l’achat du terrain, afin de créer un parc où l’on pourrait pratiquer le ski, la glissade, le patin, la raquette, la motoneige et même le traîneau à chiens. Tous s’entendent : le site devra appartenir à la municipalité et être exploité par celle-ci.

Official opening Mont Edouard, L'Anse-St-Jean, Québec
Mont Grand-Fonds

Les skieurs de La Malbaie adoptent immédiatement leur nouvelle montagne : le Mont Grand‑Fonds.

L’ouverture officielle de Mont Grand‑Fonds

En 1972, la municipalité entreprend l’aménagement du Parc des loisirs et sports de plein air de Charlevoix. Des bûcherons et artisans locaux tracent des pistes, installent une remontée mécanique, construisent un chalet et aménagent un stationnement. Le bois inutilisé est vendu afin d’aider à financer ce projet communautaire. Un an plus tard, Mont Grand-Fonds ouvre officiellement avec un téléski et une piste pour débutants. Chaque fin de semaine, entre 400 et 500 skieurs empruntent la remontée. Entre-temps, les projets de glissade et d’autres sentiers hivernaux sont discrètement abandonnés. La montagne devra se suffire à elle‑même.

Les plans les mieux conçus…

Au cours de la décennie suivante, plus de 2,7 millions de dollars sont investis à Mont Grand‑Fonds. Plus de 325 élèves fréquentent l’école de ski, et chaque semaine, entre 1 500 et 2 000 skieurs dévalent les pentes. Parmi les améliorations notables : une ligne électrique d’Hydro‑Québec devenue indispensable, un télésiège et un nouveau téléski menant jusqu’au sommet. Alors que plusieurs stations de ski québécoises peinent à survivre ou ferment leurs portes, Mont Grand‑Fonds connaît un essor remarquable. Les gens de Charlevoix aiment leur montagne. Mais La Malbaie traverse une période d’incertitude économique. Plusieurs groupes, dont une association locale d’hôteliers et d’aubergistes, réclament la vente de la station. La municipalité acquiesce. Entre alors en scène Raymond Malenfant.

À la fin des années 1970 et au début des années 1980, le Mont Grand-Fonds a connu de nombreuses améliorations, dont l’installation d’un nouveau télésiège.

Raymond Mala

En 1985, lorsque Raymond Malenfant (à droite) acquiert le Manoir Richelieu et le Mont Grand‑Fonds, il ne se doute pas alors de l’ampleur des défis à venir.
Crédit photo : Pierre Rochette

Revirement complet et changement de cap

Homme d’affaires prospère, Raymond Malenfant est propriétaire de la chaîne Universel Motels. En 1985, il accepte d’acheter le Manoir Richelieu, alors en piteux état. Son objectif : le restaurer et en faire un hôtel haut de gamme, ouvert à l’année. L’année suivante, il acquiert Mont Grand‑Fonds, espérant attirer des clients à son hôtel. Il promet également d’investir plus de trois millions de dollars dans la station. Mais au printemps suivant, les employés de Mont Grand-Fonds votent en faveur de la syndicalisation et se joignent rapidement à leurs collègues du Manoir, qui déclenchent une grève. Un lock‑out s’ensuit. Le conflit de travail s’enlise et devient acrimonieux.

Quelqu’un veut acheter une montagne de ski ?

Une fois le conflit réglé, Malenfant refuse inexplicablement de promouvoir la réouverture de la station, pourtant modernisée. Après avoir lourdement emprunté, il a installé un système d’enneigement artificiel et un nouveau télésiège quadruple. Mal informés — ou peu impressionnés — les skieurs désertent la montagne en grand nombre. Lorsque Malenfant fait défaut sur ses prêts, la banque prend possession de la station. La municipalité, alors en bonne posture financière, se dit prête à la racheter. Elle ne le fera pas. La montagne est plutôt vendue à Louis Dufour (voir vidéo), courtier immobilier bien connu et ancien moniteur de ski à Mont Grand-Fonds. Trois ans plus tard, la ville et la région prospèrent… mais pas la station. La banque reprend une fois de plus le contrôle et attend une nouvelle offre.

Official opening Mont Edouard, L'Anse-St-Jean, Québec
Despite consistently drawing large crowds, Mont Grand-Fonds was losing money.

Malgré un achalandage continu, le Mont Grand‑Fonds demeurait déficitaire. Que faire ?

L’État à la rescousse ?

En 1995, la municipalité rachète l’ensemble du site pour un peu plus d’un demi‑million de dollars et crée la Corporation du parc régional du Mont Grand‑Fonds pour en assurer la gestion. Quelques années plus tard, malgré une bonne fréquentation, la station accumule les pertes. Lorsque le conseil municipal vote en faveur d’une vente, les citoyens lancent une campagne de financement couronnée de succès. Les gouvernements municipal et provincial injectent alors plusieurs millions de dollars pour moderniser les remontées, améliorer l’enneigement, tracer des pistes de ski de fond, rénover le chalet et ajouter une nouvelle piste. La fréquentation approche rapidement les 50 000 visites annuelles. Malgré tout, Mont Grand‑Fonds a encore besoin d’importants investissements.

Une nouvelle entente. Un nouveau propriétaire.

En 2021, la municipalité de La Malbaie et l’organisme gestionnaire de la station concluent une entente avec e‑Liberty. Fondée par Christian Mars, ancien membre de l’équipe nationale suisse de ski, l’entreprise est un chef de file mondial de la vente de billets de ski en ligne. Pour gérer la station, e‑Liberty crée la Compagnie des stations de ski du Québec et s’engage à investir 30 millions de dollars afin de « moderniser et transformer le site en un centre de plein air quatre saisons de haut niveau ». L’entreprise vise également 100 000 visites de skieurs par année. Les terrains du parc demeurent toutefois la propriété de la municipalité. Deux ans plus tard, en 2023, La Malbaie vend l’ensemble du site à e‑Liberty.

De montagne communautaire chérie à destination internationale en devenir, Christian Mars redéfinit le Mont Grand‑Fonds avec l’installation d’un télésiège débrayable six places à grande vitesse.

Official opening Mont Edouard, L'Anse-St-Jean, Québec

Mont Grand‑Fonds regarde vers l’avenir

Depuis, la Compagnie des stations de ski du Québec a acquis une deuxième station et négocie actuellement l’achat d’une troisième. En plus d’attirer des skieurs de partout dans Charlevoix, Mont Grand‑Fonds séduit désormais une clientèle provenant de Québec et de Montréal. Des projets visent également à attirer une clientèle européenne en quête d’une expérience nord‑américaine authentique de plein air, incluant le ski, la raquette, le traîneau à chiens et la motoneige. Jean Bergeron en serait certainement ravi. En décembre 2025, Christian Mars a présidé l’inauguration officielle du nouveau télésiège débrayable à grande vitesse de Mont Grand‑Fonds. Des équipes travaillent maintenant à la construction des premiers chalets au pied des pistes. Réussiront-ils, avec e‑Liberty, à transformer cette petite station de ski communautaire conviviale en une destination internationale prisée ? Seul l’avenir le dira.

Mont Grand-Fonds, une histoire de bâtisseurs !

Chalet Mont Grand-Fonds

Chantier printemps-été 2013.

CA Daniel Melançon au Mont Grand-Fonds (hiver 2020)

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Doppelmayr 6-CLD « Lynx Express » Mont Grand-Fonds (2024)

Le tout nouveau télésiège six places du Mont Grand-Fonds incarne un partenariat solide, un engagement envers l’innovation et, surtout, une nouvelle étape vers une expérience de montagne toujours plus agréable et moderne pour tous.

Histoires authentiques du ski canadien, d'un océan à l'autre

  Auteur : Dave Fonda
Conception et intégration web : Dominique Paquette
  Photos et vidéos fournies par Mont Grand‑Fonds et utilisées avec leur permission.

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