Petite de taille, mais grandiose par son influence, Mission Ridge est l’une de ces stations communautaires qui dépassent largement les attentes. Avec ses 15 pistes balisées et ses 292 pieds de dénivelé, cette petite montagne de la vallée de la Qu’Appelle a vu naître des talents d’exception, dont Murray Bedel, Kurt Oatway ainsi que Craig et Mark McMorris.
Mission Ridge Winter Park, Saskatchewan
Petite de taille, grandiose par son influence
Rêveurs : 10 Skieurs : 0
Dans les années 1970, un hôtelier du nom de John Smith réunit dix hommes d’affaires locaux afin de réfléchir à des moyens de stimuler le tourisme à Fort Qu’Appelle et dans les environs. Même si aucun d’eux n’était skieur, John suggère que le ski pourrait bien être la solution idéale. Le sport gagne en popularité. Les skieurs disposent d’un revenu discrétionnaire. Et la vallée de la Qu’Appelle ne manque pas de pentes. Selon Mike Smith, fils de John et actuel propriétaire de Mission Ridge : « Ils ont amassé des fonds et lancé le projet. »
John Smith (à gauche), hôtelier de Fort Qu’Appelle devenu fondateur de Mission Ridge, et son successeur, son fils tout aussi ingénieux, Mike.
Trouver une colline propice au ski en Saskatchewan n’était pas une mince affaire. John Smith a trouvé la perle rare !
À la recherche de la colline idéale
Le groupe explore ensuite la vallée à la recherche d’une pente orientée vers le nord, capable de conserver la neige jusqu’au printemps. Ils achètent finalement la plus abrupte qu’ils puissent trouver. Comme la colline surplombe le lac Mission, ils baptisent leur projet Mission Ridge. Après avoir obtenu des prêts fédéraux, le groupe embauche des travailleurs pour défricher les pistes, installer les remontées mécaniques et mettre la nouvelle station en service. En Saskatchewan, le ski s’apprête à écrire un nouveau chapitre passionnant.
Des débuts mouvementés
Mission Ridge ouvre ses portes en 1972 avec douze pistes, deux téléskis en T (T-bar), un câble de traction et un chalet principal de 3 000 pieds carrés. Toute la communauté est enthousiaste, impressionnée… et quelque peu inquiète. Les pistes sont à peine assez larges pour laisser passer une dameuse, afin de maximiser la rétention de la neige. Aux yeux des non-initiés, elles paraissent aussi terriblement abruptes. Mike se souvient : « Tout le monde était débutant à l’époque, mais il n’y avait pas de pistes pour débutants. C’était plutôt dangereux. »
En 1972, les travaux sont terminés et John Smith ouvre Mission Ridge avec un succès immédiat auprès de la population locale.
Infatigable et ingénieux, John Smith a su transformer les techniques rudimentaires d’enneigement en un véritable art.
Et puis, il n’en resta qu’un
L’année suivante, la majorité des hommes d’affaires ne parvient pas à rembourser ses prêts et la banque saisit Mission Ridge. Sans se décourager, John Smith rachète l’ensemble des opérations. Au cours des 28&nbps;années suivantes, il devient un pionnier de l’enneigement artificiel dans l’Ouest canadien. Il introduit SnowMax dans les stations de ski de l’Ouest et transforme les techniques rudimentaires de conservation de la neige en véritable art. Bien que les hivers de la vallée soient longs et froids, les chutes de neige peuvent être rares et peu abondantes. Mike raconte : « Ils formaient des crêtes de neige sur le lac, puis, lorsque les conditions le permettaient, ils la soufflaient à l’arrière de semi-remorques. Ils traversaient ensuite Fort Qu’Appelle pour remonter au sommet de la vallée, descendaient la piste pour débutants — d’environ un kilomètre — et y déversaient la neige. Ils ont fait ça jusqu’en 2001. »
« C’est l’un des joyaux de la vallée. Il attire beaucoup de visiteurs, ce qui est excellent pour le milieu des affaires, surtout pour les jeunes. Pour plusieurs, travailler à Mission Ridge est leur premier emploi. »
— Gus Lagacy, ancien maire de Fort Qu’Appelle
Le cauchemar des uns, le bonheur des autres
Bien que John ajoute une petite boutique, le ski de soirée et remplace le câble de traction par un téléski à poignée plus facile à utiliser, il laisse essentiellement les pistes intactes. Si les débutants et les novices n’y trouvent pas leur compte, une nouvelle génération de skieurs et de planchistes, elle, est conquise. Avec le temps, les pistes étroites et abruptes de Mission Ridge deviennent un véritable terrain d’entraînement et un incubateur pour de futurs champions olympiques, paralympiques, de Coupe du monde et des X Games. Mais nous y reviendrons.
Malgré sa taille modeste, Mission Ridge s’est révélée un véritable tremplin pour des champions canadiens olympiques et paralympiques.
Un changement de propriétaire
En 2001, Mike, le fils de John, rachète Mission Ridge et entreprend d’importantes améliorations. Il agrandit le chalet principal — à deux reprises. Il démonte le télésiège triple « Paskapoo » du Parc olympique de Calgary, le transporte jusqu’à Mission Ridge, le remonte et le rebaptise Big John’s Chair. Le tout, à lui seul. Pour rendre la montagne plus accessible, il élargit certaines pistes, ajoute deux parcs à neige et aménage des couloirs de glissade sur tube. Interrogé sur le rôle des bénévoles à Mission Ridge, Mike est catégorique : « Il n’y a pas de bénévoles ici, à l’exception de la Patrouille canadienne de ski. »
Une fabrique de champions
En 1975, un agriculteur local du nom de Murray Bedel perd ses deux bras dans un accident impliquant une presse à foin. Refusant de se laisser abattre, Murray jure de poursuivre son travail afin de subvenir aux besoins de son épouse Janet et de leurs enfants. Un jour, John Smith l’encourage à essayer le ski. Neuf ans après son accident, Murray remporte la médaille de bronze en slalom aux Jeux paralympiques de 1984. Devenu instructeur de ski certifié, Murray enseigne à Mission Ridge depuis 42 ans — et ce n’est pas terminé. Inspiré, sans doute, par l’énergie contagieuse et la ténacité de Murray, le Regina Ski Club met sur pied son programme de ski adapté à Mission Ridge en 2004. Avec des résultats tout aussi remarquables.
Murray Bedel, médaillé de bronze en slalom aux Jeux paralympiques d’hiver de 1984.
« Même sans bras, le ski me faisait sentir comme une personne normale et m’a permis de traverser de nombreuses années difficiles. »
— Murray Bedel, médaillé de bronze, Jeux paralympiques de 1984, Innsbruck, Autriche
Le skieur para-alpin et athlète Kurt Oatway lors du slalom géant à Kranjska Gora, en Slovénie.
Crédit photo : Kurt Oatway
Ne restez pas assis… essayez le ski assis !
Murray Bedel n’est pas le seul champion paralympique issu de Mission Ridge. Kurt Oatway, skieur passionné et étudiant en géologie, subit une grave blessure à la colonne vertébrale lors d’un travail de terrain en Utah, en 2007. Un jour, en regardant les Jeux olympiques d’hiver de Vancouver à la télévision en 2010, Kurt ressent de nouveau l’appel du ski. Plutôt que de rester là à rêver, il apprend le ski assis à Mission Ridge. Intrépide sur la glace et la neige, Kurt devient multiple médaillé en Coupe du monde et remporte l’or en super-G assis aux Jeux paralympiques d’hiver de 2018 à Pyeongchang, en Corée du Sud. Revenant sur son parcours exceptionnel lors d’une entrevue à CTV News en 2022, Kurt ne tarit pas d’éloges envers son alma mater pas si ancienne.
« Je tiens à remercier Mission Ridge, l’équipe de course alpine de Regina et mon ancien entraîneur Gord. Ils ont tous joué un rôle dans mon retour. »
— Kurt Oatway, champion paralympique et de Coupe du monde
Les planchistes les plus décorés du Canada
Parmi les anciens de Mission Ridge, nul n’a autant fait parler de lui que Craig et Mark McMorris. Les téléspectateurs de CBC connaissent Craig pour ses analyses sportives colorées et éclairées. Quant à Mark, il est reconnu mondialement comme l’un des planchistes les plus décorés de tous les temps. Les deux frères apprennent d’abord à skier, puis à faire de la planche à Mission Ridge. Même s’ils poursuivent leur entraînement et leur carrière sur de plus grandes montagnes, ils demeurent fidèles à leurs racines en soutenant les jeunes athlètes et les petites stations communautaires. Fondée en 2012, la Fondation McMorris vise à inspirer les jeunes et à les aider à suivre leur passion par le sport. À ce jour, elle a amassé plus de 410 000 $ et soutenu plus de 4 100 jeunes espoirs.
Les frères McMorris, Craig (à gauche) et Mark.
Crédit photo : Saskatoon StarPhoenix
« Ce qui est formidable avec le ski et la planche à neige, c’est que ce sont vraiment des sports familiaux. On peut venir ici et passer du temps de qualité ensemble. »
— Anders Svenson, directeur des opérations, Mission Ridge Winter Park
Owen, Mike, Angie et Lyndon Smith (de gauche à droite).
Et pour le commun des mortels…
Même si tout le monde ne deviendra pas le prochain Mark McMorris ou Kurt Oatway, presque tout le monde peut apprendre à skier ou à faire de la planche. En moyenne, Mission Ridge accueille chaque hiver plus de 7 000 jeunes élèves et entre 40 000 et 50 000 skieurs et planchistes. La majorité provient de Fort Qu’Appelle et de Regina, mais un nombre croissant de nouveaux arrivants s’y joignent également. Selon Victoria Flores, porte-parole de la Regina Open Door Society : « En matière de sports et d’activités hivernales, c’est une excellente façon pour eux de se sentir intégrés à la communauté et peut-être de découvrir un nouveau loisir ou un nouveau sport. »
Cet esprit accueillant et inclusif a toujours défini Mission Ridge. Aujourd’hui, Mike Smith cultive un lien encore plus fort : la famille. Il prépare maintenant ses fils, Owen et Lyndon, à devenir la troisième génération de Smith à prendre les rênes de cette petite montagne au riche héritage. Ce n’est pas rien !

Auteur : Dave Fonda
Conception et intégration web : Dominique Paquette
Photos fournies par Mission Ridge Winter Park et utilisées avec leur permission.
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