Il y a plusieurs années, lorsque Ski Canada Magazine a demandé à ses lecteurs de nommer les skieurs les plus passionnés du pays, ce sont les Canadiens de l’Atlantique qui ont remporté la palme. Et avec raison. Pour comprendre à quel point cette passion est profonde, il suffit de regarder les âmes courageuses qui ont défriché, développé et continuent de skier à Ben Eoin.
Ski Ben Eoin, Nouvelle-Écosse
Créée par la communauté, pour la communauté
Des amis unis en temps de guerre
Le 18 mars 1940, alors que la Seconde Guerre mondiale faisait rage outre-mer, quelques habitants du Cap-Breton — dont M. M.R. Campbell ainsi que M. et Mme Jack Russell — fondent le Sydney Ski Club (SSC). Le groupe avait l’habitude de skier différentes collines de la région avec des amis. En tant que club, ils s’engagent à promouvoir un « ski contrôlé », contrairement aux téméraires qui se lançaient sans retenue dans des pentes étroites et dangereusement abruptes, armés seulement de leur jeunesse et de leur audace. Pour amasser des fonds, le club organise des projections de films de ski empruntés au comité ontarien de la Canadian Amateur Ski Association. Des skieurs ainsi que des membres du Sydney Photo Forum sont invités. Comme le racontait l’ancien président du club, Gordon Naish : « Les films ont rapporté 9,35 $ ce soir-là. » Le club était lancé.
Le ski prend son envol à Sydney, en Nouvelle-Écosse.
L’art du ski contrôlé : les premières années.
Quelle audace maritime !
Sans instructeurs pour les guider, les membres du club se tournent vers des manuels d’apprentissage du ski et perfectionnent leurs habiletés sur neige du mieux qu’ils peuvent. À l’occasion, un skieur chevronné — comme le lieutenant Maurice Murphy du Corps dentaire, membre du Toronto Ski Club, ou le capitaine R. Mauseth, qui avait fui la Norvège après que son navire eut été coulé — passait par Sydney et montrait aux skieurs locaux ce que signifiait réellement le « ski contrôlé ».
Un remonte-pente plus que nécessaire
Trouver de l’équipement adapté et fonctionnel représentait tout un défi : les boutiques spécialisées, les détaillants expérimentés et les techniciens qualifiés étaient inexistants. Malgré tout, le Sydney Ski Club poursuit sa croissance. En 1946, il investit l’ensemble de ses revenus dans un remonte-pente suédois « Freezer » d’une valeur de 500 $. Cet hiver-là, les pentes desservies de Coxheath résonnent des rires et des cris de joie de skieurs comblés.
« Notre mission est de promouvoir un mode de vie sain et actif en plein air au sein de notre communauté. »
— John Ling, ancien président du Ben Eoin Ski Club
À la recherche d’une meilleure montagne
Au cours des deux décennies suivantes, les membres du club sillonnent le Cap-Breton à la recherche d’une montagne plus grande et plus accessible à tous les insulaires. « À un moment donné, ils ont tenté leur chance à Barrachois », se souvient Gordon. Mais la majorité des pentes y étaient trop exigeantes pour les débutants. En 1968, le Sydney Ski Club devient le Cape Breton Ski Club, un organisme sans but lucratif administré par un conseil entièrement bénévole. Le club invite alors le skieur et bâtisseur intronisé au Temple de la renommée, John Clifford, à évaluer un site situé près du lac Bras d’Or.
John tombe sous le charme de Ben Eoin — et pas seulement pour son nom. (Ben vient du gaélique Beinn, qui signifie « montagne », et Eoin signifie « Jean ». Ben Eoin tient d’ailleurs son nom de John MacNeil, un fermier établi dans la région au milieu du XVIIe siècle.) John Clifford apprécie l’orientation nord de la pente ainsi que la diversité du terrain, adapté autant aux débutants qu’aux skieurs avancés. Le terrain est également disponible et abordable.
Une nouvelle montagne. Un nouveau nom.
Ski Ben Eoin ouvre ses portes en 1968 avec un chalet modeste, un téléski en T et deux pistes. Easy Way est rapidement rebaptisée Freeway, en raison de son virage en S menant à une large et douce descente jusqu’au bas de la montagne. Hard Way, une piste étroite et abrupte bordée de feuillus de l’Est, hérite bientôt du surnom évocateur de Suicide. Malgré tout, le club et ses membres traversent les épreuves. Comme le souligne l’ancien président John Ling : « Il demeure, encore aujourd’hui, le seul club de ski sans but lucratif dans le Canada atlantique. À ce titre, il ne peut générer de profits, verser de dividendes ni vendre des actions. En revanche, il ne paie pas d’impôts sur les améliorations de ses immobilisations. » Le Cape Breton Ski Club est toujours géré par un conseil d’administration bénévole, dont les membres ne bénéficient d’aucun privilège particulier en échange de leur engagement soutenu.
En 1993, Vince Cunningham, Normie Gentile et John R. MacDonald Jr. se sont vu décerner une adhésion à vie à Ski Ben Eoin.
Une nouvelle vision. Une nouvelle mission.
Le club adopte également une nouvelle vision. « Notre mission est de promouvoir un mode de vie sain et actif en plein air pour les membres de notre communauté », explique John. Cette communauté comprend des familles et des individus de East Bay, Big Pond, New Waterford, Irish Vale, Portage, North Sydney, Glace Bay et Sydney. « Ces communautés ont toujours soutenu la montagne, et je crois que nous avons réussi à avancer en gardant leurs besoins au cœur de nos décisions. » En 1974, Vince Cunningham et Normie Gentile se joignent au conseil d’administration. « Ces deux ingénieurs possédaient une grande expertise en mécanique et en électricité. Ils ont conçu et installé une grande partie des systèmes d’enneigement et des installations électriques, améliorant considérablement les remontées mécaniques. Ils ont également inspiré de nombreux autres membres du club. »
« Ces communautés ont toujours soutenu la montagne, et je crois que nous avons réussi à avancer en gardant leurs besoins au cœur de nos décisions. »
— John Ling, ancien président du Ben Eoin Ski Club
Du creux à l’essor…
Malgré tous les efforts, les années 1970 ne sont pas une période facile pour Ski Ben Eoin. Le ski n’est pas encore très populaire au Canada. Les techniques d’enneigement et de damage sont rudimentaires, et le climat maritime demeure imprévisible. Les remontées mécaniques sont souvent primitives; le téléski à archet, en forme de T, de Ben Eoin, dont les ressorts gelaient fréquemment, projetait parfois les skieurs sans méfiance dans les airs. Sans se décourager, le personnel et les bénévoles maintiennent les opérations, notamment grâce au généreux soutien financier de la famille John R. MacDonald. (À l’instar de Vince et Normie, John R. MacDonald fils a siégé au conseil pendant 35 ans.)
Le splendide nouvel emplacement de Ben Eoin n’était toutefois pas sans défis.
Bénévole et instructrice de ski, Ruth Boutillier (au centre), membre du Temple de la renommée de l’AMSC, est reconnue pour son engagement exceptionnel en collecte de fonds au Cap-Breton.
Décollage&nbps;!
Selon John Ling, le véritable point tournant survient lorsque « deux choses se produisent&nbps;: Ben Eoin met sur pied un programme de ski pour enfants, et les soirées steak et sociales deviennent des événements réguliers ». Le programme jeunesse, qui attire également les familles locales, demeure très populaire. Les soirées sociales donnent quant à elles naissance à un Carnaval d’hiver, à des courses de ski du lundi soir et à de nombreux autres événements communautaires. En 1980, le gouvernement provincial accorde à toutes les stations de ski de la Nouvelle-Écosse des subventions importantes pour améliorer leurs systèmes d’enneigement. Personne ne refuse.
Les années de gloire
En 1983, le club embauche Kevin MacInnis, un résident de la région diplômé en gestion de stations de ski. À titre de directeur général, Kevin travaille sans relâche à bâtir l’image de marque de Ski Ben Eoin, bien avant que le « branding » ne devienne courant. Il commande un jingle accrocheur et rebaptise les pistes en l’honneur d’oiseaux locaux. (Hard Way, alias Suicide, devient Eagle et est judicieusement élargie pour accueillir des compétitions de ski sécuritaires et palpitantes.) Le conseil mandate ensuite Sno.engineering pour élaborer un plan directeur, menant à l’ouverture de nouvelles pistes ainsi qu’à l’agrandissement et à l’amélioration du chalet et des systèmes d’enneigement. En 1989, le vieux téléski en T est remplacé par un télésiège quadruple moderne et convivial. Un téléski à plateau (Pomalift) s’ajoute également.
Encore à ce jour, personne n’a réussi à faire avancer les choses (« Get’er done ») autant que Kevin MacInnis savait si bien le faire (à droite).
Un héritage durable
Au cours de ses remarquables 30 années à Ben Eoin, Kevin relève chaque défi avec détermination et rallie ses troupes d’un chaleureux « Nous en viendrons à bout ! » Lorsque la station voisine de Cape Smokey ouvre avec ses vues spectaculaires sur l’océan et son télésiège flambant neuf, Kevin ne bronche pas. Lorsque les mines de charbon et les aciéries locales ferment progressivement, il appuie la réduction temporaire du coût des abonnements de saison à 99 $ par personne. Les adhésions passent alors de 950 à 4 200. Une nouvelle piste pour débutants est aménagée, et l’ancien téléski à assiette est remplacé par un tapis magique. Kevin s’éteint en 2016.
Préparer l’avenir
Lorsque des discussions émergent autour de la création d’un terrain de golf, le Cape Breton Ski Club appuie le projet, tant financièrement qu’en partageant ses terrains et installations. The Lakes Golf Club ouvre en 2010 en tant que destination de calibre mondial, détenue localement. Peu après, le Ben Eoin Yacht Club and Marina voit le jour sur le lac Bras d’Or.
Aujourd’hui, Ben Eoin est l’une des destinations quatre saisons les plus fréquentées et recherchées de l’île du Cap-Breton. Comme toutes les stations de ski, elle doit composer avec les défis des changements climatiques, souvent amplifiés par sa proximité avec la côte. Mais en tant que montagne bâtie par la communauté, pour la communauté, il ne fait aucun doute que le personnel, les bénévoles et les skieurs feront tout ce qu’il faut… et remueront ciel et terre pour réussir !
Ski Ben Eoin – Une montagne de plaisir pour tous !
Ski Ben Eoin, la destination hivernale par excellence du Cap-Breton. Du plaisir à profusion sur nos pentes ! (vidéo disponible en anglais seulement)
Rétrospective : 50 ans de Ski Ben Eoin
Vidéo disponible en anglais seulement.
Aux origines du Club de ski Cape Breton
Voir cette courte vidéo YouTube (disponible en anglais seulement).

Auteur : Dave Fonda
Conception et intégration web : Dominique Paquette
Photos et vidéos fournies par Ski Ben Eoin
Merci à Katherine MacLeod et à John Ling pour la vidéo du Sydney Ski Club (devenu le Cape Breton Ski Club)
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