Les Crazy Canucks – Les dessous de l’histoire

« On a tout donné pour devenir les meilleurs au monde »

Nom: Steve Podborski, Ken Read, Dave Irwin, Dave Murray, Todd Brooker
Discipline(s): Ski alpin
Réalisations: Plusieurs médailles en Coupe du monde. Un titre de champion de discipline (Steve Podborski, Coupe du monde de descente en 1982)
Période de carrière active: 1979–1984
Catégorie d'intronisation: Ski alpin

Cela peut sembler ironique, ou typiquement canadien, mais pendant une bonne partie de leur carrière, les premiers membres des Crazy Canucks étaient peu connus et souvent ignorés de leurs compatriotes.

Bien qu’acclamés et considérés comme des méga vedettes en Europe, Dave, Dave, Ken et Steve ont rarement fait parler d’eux au-delà de certains magazines de sport ou de ski. En fait, ce n’est qu’aux Jeux olympiques d’hiver de Lake Placid en 1980 que le radiodiffuseur national canadien a finalement saisi à quel point ils étaient exceptionnels et compris l’ampleur de leur succès. Alors, au cas où vous, comme bien d’autres, connaissez mal l’histoire des Crazy Canucks, nous vous présentons ici quelques-uns de leurs plus grandes réalisations et des moments les plus marquants de leur carrière, dont quelques histoires jusqu’ici jamais racontées.

Note : Cet article fait partie d’une collection d’histoires portant sur les Crazy Canucks, rédigées par l’écrivain Dave Fonda pour le Temple de la renommée du ski canadien et Musée. Visitez Qui était membre de la meilleure équipe de ski de l’histoire du Canada? et La collection des Crazy Canucks : Tout sur leur équipement pour en apprendre davantage sur les Crazy Canucks.

L’origine du nom des Crazy Canucks

En 1869, un personnage de bande dessinée nommé Johnny Canuck fait son apparition dans les journaux, toujours prêt à affronter les vilains John Bull (britannique) et Oncle Sam (américain). Pendant la Seconde Guerre mondiale, Johnny Canuck ressurgit sous la forme d’un fringant pilote de la Royal Canadian Air Force combattant les ignobles nazis et les neutralisant avec succès. Bien que l’expression « Crazy Canuck » existait déjà dans la culture alpine européenne, son utilisation populaire en Coupe du monde est attribuée au légendaire Serge Lang. Ce journaliste de ski français d’origine suisse – et cofondateur de la Coupe du monde – était un admirateur des descendeurs canadiens. Avant Serge, la presse européenne faisait souvent référence à notre équipe masculine de descente en l’appelant les kamikazes canadiens, à juste titre. Ils skiaient à une vitesse ahurissante, faisaient preuve de témérité et chutaient souvent en prenant des risques en apparence inutiles. Le surnom de « Crazy Canucks » employé par Lang a perduré, surtout en Europe, et ce, alors que la plupart des Canadiens n’avaient jamais entendu parler d’eux.

Ken Read sur le point de remporter sa première Coupe du monde de descente à Val d’Isère, en France. Collection personnelle de Ken Read.

Les débuts de la dynastie : Ken Read gagne à Val d’Isère

Le 7 décembre 1975, le jeune Ken Read, six fois champion canadien de ski alpin à l’âge de 20 ans, originaire de Calgary, en Alberta, réalise un exploit en apparence impossible. Il devient le premier Nord-Américain à battre les meilleurs du monde sur leur propre neige et dans leur épreuve alpine la plus prestigieuse en remportant la descente de la Coupe du monde à Val d’Isère, en France. Mais cela n’impressionne pas les Européens. Même le représentant de Fischer, dont l’entreprise a fourni à Ken les skis gagnants, qualifie le triomphe de simple coup de chance. La réaction des Européens aurait pu sembler justifiée si trois autres Canadiens n’avaient pas également terminé parmi les dix premiers. « Nous savions que notre équipe était compétitive », a déclaré Read. « Nous nous poussions les uns les autres. Et ça, en quelque sorte, c’est la clé. Mais nous n’avions pas la conviction que nous pouvions vraiment gagner. Et pas seulement gagner une fois, mais gagner de nouveau. »

L’émergence d’une équipe de poids : Dave Irwin domine à Schladming

Treize jours plus tard, le coéquipier de Read, le très audacieux et incroyablement rapide, mais enclin aux chutes, Dave Irwin, en remet une couche. Il remporte la Coupe du monde de descente à Schladming, en Autriche, en laissant loin derrière ses adversaires. En effet, atteignant des vitesses supérieures à 128 km/h sur la piste glacée de 3 510 mètres, Irwin termine avec 1,61 seconde d’avance sur son plus proche rival. Franz Klammer, le « roi de la descente » autrichien et grand favori, termine quatrième, deux places seulement devant un autre Canadien, Dave Murray. Les Européens commencent à prêter attention.

Dave Irwin célébrant une victoire en descente à Schladming, en Autriche, le 20 décembre 1975. Archives du TRCSM.

Ken Read, avec l’entraîneur Scott Henderson à Val d’Isère, France, en 1975. Collection personnelle de Ken Rea

Comment les Crazy Canucks ont conquis le monde

Contrairement aux puissants Européens qui bénéficient d’un énorme soutien financier, logistique et d’admirateurs, et qui sont en mesure de participer à des courses tout près de chez eux chaque fin de semaine, les Crazy Canucks passent plus de 200 jours par année sur la route. Ils vivent, mangent, s’entraînent, dorment et ajustent leurs skis dans des hôtels bon marché. Bien qu’ils soient de bons skieurs techniques – pour faire partie de l’équipe nationale, il faut exceller dans au moins deux disciplines – ils se concentrent sur la descente, à la recommandation de l’entraîneur principal canadien Scott Henderson. Le raisonnement d’Henderson est simple. Pour gagner une course de descente, il suffit d’être le plus rapide une seule fois, alors qu’en slalom ou en GS, il faut effectuer deux descentes. Steve Podborski a déclaré : « Avec le recul, c’était une très bonne stratégie ». Dû au peu de soutien financier et malgré qu’ils soient en compétition les uns contre les autres, les Crazy Canucks tissent des liens forts qui les poussent à s’entraider.

Accomplir ses rêves grâce au travail d’équipe

Pour les Européens, l’aspect le plus fou de la stratégie gagnante des Crazy Canucks avait lieu les jours de course, lorsque tout était en jeu. Podborski raconte : « Les jours de courses, nous communiquions par radio les uns avec les autres et partagions nos impressions sur le parcours; ‘’ceci a changé, cela a changé, voici comment vous pouvez les battre’’ ». Selon Ken Read, « nous avions tous nos habiletés et nos lacunes, mais elles se complétaient, dans la mesure où chacun avait sa propre spécialité; que ce soit Todd et son vol plané, Steve qui était totalement détendu et très, très bon dans les sauts, Dave Irwin qui était très fort et habile techniquement, ou moi, qui était capable de garder la vitesse dans les virages rapides, on se mesurait à leurs points forts. Avec tous ces éléments réunis, on pouvait vraiment espérer devenir les meilleurs au monde, plutôt que seulement dans un contexte spécifique de compétition. »

Capture d’écran de Dave Murray tirée de la vidéo de la CBC « The Legend of the Crazy Canucks Olympic Alpine Skiing Team ».

[De gauche à droite] Ken Read, Todd Brooker et Steve Podborski – que l’on voit ici à Val d’Isère, en France – ont fait équipe pour remporter quatre victoires consécutives sur la course de descente la plus convoitée, le Hahnenkamm à Kitzbühel, en Autriche. Collection personnelle de Ken Read.

Les Crazy Canucks dominent Kitzbühel

« Si vous voulez être le meilleur descendeur du monde, il vous faut gagner Kitzbühel », a déclaré Steve. Pendant quatre années consécutives, la légendaire Streif de Kitzbühel, la piste de descente la plus escarpée, difficile et dangereuse du monde, a été dominée par quatre Crazy Canucks. Ken Read a été le premier à y triompher. Suivi de Steve Podborski, qui a gagné à deux reprises, et de Todd Brooker qui a remporté la dernière fois. Pour vous donner une idée de l’ampleur de la pente et du défi que représente le Hahnenkamm, les coureurs peuvent, à partir d’un départ arrêté, atteindre une vitesse de plus de 100 kilomètres par heure plus rapidement qu’une voiture de Formule 1. Certaines sections de la Streif ont une inclinaison de 85 degrés, plaçant les coureurs en chute libre. L’un de ces tronçons se termine par un virage à près de 90 degrés qui a failli coûter la vie au Canadien Brian Stemmle. C’est aussi raide que ça à Kitzbühel. Aussi insensé. Aussi périlleux.

Parlez-en à Todd Brooker, qui a fait en 1987 l’une des chutes les plus spectaculaires que le sport ait jamais connues.

L’histoire derrière le nom du « Canadian Corner »

À titre de course de descente la plus ancienne, longue et rapide au monde, le Lauberhorn à Wengen, en Suisse, a été particulièrement marqué par l’histoire. Ses différentes sections portent les noms de champions d’antan qui y ont plané, chuté ou trouvé la mort. En 1976, les Crazy Canucks ont ajouté un nouveau nom à cette piste légendaire. Le 10 janvier 1976, le lendemain de la chute de Dave Irwin, Ken Read tombe en négociant le dangereux virage juste après la fameuse chute de Hundschopf. La piste feinte légèrement à droite puis vire brusquement à gauche. Vlan! Heureusement, Ken s’arrête avant de heurter les filets de sécurité qui séparent le parcours glacé des pistes du funiculaire qui mènent au sommet. Il est encore en train de reprendre ses esprits lorsque Dave Irwin tombe au même endroit. Battu, meurtri, ensanglanté et inconscient, Dave s’immobilise aux pieds de Ken. Par chance, un médecin de l’équipe de ski américaine est sur place et Dave est transporté par avion dans un hôpital des environs. Le terrible virage a été officiellement baptisé le Canadian Corner.

Ken Read, fonçant vers une victoire en Coupe du monde sur le Lauberhorn, à Wengen, en Suisse, en 1980. On voit Read ici dans la section « Minsch-Kante », juste au-dessus du « Canadian Corner ». Collection du TRSCM

La rencontre de Crazy et Gonzo

En 1983, alors que le White Circus est de passage à Aspen, dans le Colorado, un ami de Steve Podborski lui propose de rencontrer le célèbre journaliste gonzo américain Hunter S. Thompson. Steve accepte avec plaisir. Ils donnent donc rendez-vous à Jann Wenner, cofondateur et éditeur du magazine Rolling Stone, dans un bar. « Nous nous sommes retrouvés au Froghole, ou quelque chose comme ça, et avons passé la soirée avec Hunter; c’était super intéressant », explique Steve. « C’était un homme fascinant. Ce n’était pas un skieur, ça ne l’intéressait pas du tout. C’était plutôt un intellectuel, un bon vivant. Il était très intelligent et créatif. » Lorsque Thompson réalise que Steve n’est pas qu’un simple sportif, mais aussi un lecteur, bien informé et éloquent, une belle amitié se forge entre les deux hommes. « On est vite devenus amis et on l’est resté jusqu’à la fin de sa vie. C’est assez étonnant, non? C’était tout un personnage. C’est pour ça qu’on s’entendait bien, j’imagine. »

Le plus grand legs des Crazy Canucks : La victoire

Le départ à la retraite de Steve Podborski en 1984 marque la fin de l’ère des Crazy Canucks, dont les exploits resteront à jamais gravés dans les mémoires. Read est le premier homme non européen à remporter une Coupe du monde de descente, et le premier à gagner le redoutable Hahnenkamm et le légendaire Lauberhorn. Podborski est aussi le premier homme non européen à remporter une médaille de bronze olympique en ski alpin et demeure le seul Nord-Américain à avoir remporté le titre de champion de la saison de descente de la Coupe du monde.

Trois des principaux Crazy Canucks – Read, Podborski et Todd Brooker – ont également remporté le Hahnenkahm quatre fois de suite. Le fameux Canadian Corner du Lauberhorn a été nommé en l’honneur de Read et Dave Irwin.

Todd Brooker
Todd Brooker. Alpine Canada Alpin.

« Vous pouvez gagner. La voie a été ouverte. C’est possible. On a grandi dans les mêmes villes et skié sur les mêmes pentes que vous. Vous pouvez énumérer toutes les raisons pour lesquelles vous ne devriez pas gagner. Nous évoquions ces mêmes raisons. Mais on a quand même gagné. »

– Steve Podborski

Erik Guay (au centre) et Manny Osborne-Paradis ont terminé respectivement premier et troisième aux Championnats du monde de ski alpin à Saint-Moritz, en Suisse.

L’arrivée des Canadian Cowboys

À la fin des années 2000, un groupe de jeunes et talentueux skieurs, dont aucun n’était encore né lorsque Steve Podborski a remporté le titre de champion de descente en 1982, adopte le nom de Canadian Cowboys. Déterminés à se forger une identité propre, ses membres abandonnent la traditionnelle combinaison jaune Descente pour en enfiler une nouvelle, multicolore, de Spyder. Ils arborent des boucles de ceinture de cowboy de rodéo farfelues lorsqu’ils montent sur le podium. Et, en dehors des pistes, ils portent chapeaux et manteaux longs de cowboy. Au total, les Canadian Cowboys remportent 12 courses de la Coupe du monde, un titre de champion du monde et 48 podiums. Contrairement aux Crazy Canucks, spécialistes de la descente en Coupe du monde, les Cowboys sont présents en descente, super-G, GS et slalom. Bien qu’ils remportent de nombreuses Coupes du monde, ils excellent particulièrement aux Championnats du monde. Par ailleurs, les Canadian Cowboys, à la différence des Crazy Canucks, forment un groupe fermé composé de François Bourque, Erik Guay, Jan Hudec, Mike Janyk, John Kucera et Manny Osborne-Paradis.

« Les Canadian Cowboys étaient vraiment dans une catégorie à part », a déclaré Ken Read. « Ils ont eu beaucoup de succès aux Championnats du monde et aux Jeux olympiques… ce qui représentait un contraste assez net avec nous. »

Le retour des Crazy Canucks

Après que Manny Osborne-Paradis, le dernier des Canadian Cowboys, ait pris sa retraite en 2020, il faut peu de temps pour qu’une nouvelle génération de jeunes skieurs canadiens comme Jack Crawford, Laurence St. Germain, Brodie Seger, Cameron Alexander, Ally Nullmeyer, ainsi que Erik et Jeffrey Read (les fils de Ken), commencent à faire parler d’eux tant en Europe qu’à la maison. Et la presse, ici et là-bas, a renoué avec le sobriquet de « Crazy Canucks » pour parler de nos skieurs canadiens. Non seulement l’attachant surnom imaginé par Serge Lang a traversé le temps, mais il a également repris vie après sa mise au rancart imposée par les Cowboys, pour reprendre une place de choix sur la scène mondiale. Longue vie à nos Crazy Canucks!

Note : Cet article fait partie d’une collection d’histoires portant sur les Crazy Canucks, rédigées par l’écrivain Dave Fonda pour le Temple de la renommée du ski canadien et Musée. Visitez Qui était membre de la meilleure équipe de ski de l’histoire du Canada? et La collection des Crazy Canucks : Tout sur leur équipement pour en apprendre davantage sur les Crazy Canucks.

« Rivaux : Anatomie de la descente ». A Jalbert Production

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